jeudi 22 janvier 2015

Seinfeld














Seinfeld est culte aux Etats-Unis et pourtant méconnue en France. Quelle triste réalité ! Il est donc de mon devoir de sériephile d’exporter cette excellente série Outre-Atlantique. 

Etant passée complètement inaperçue en France, notamment pour ma génération qui a grandi avec Friends, je me dois de débuter cette critique par un petit background de la série. La série a été créée en 1989 par Jerry Seinfeld et Larry David, également créateur de la très bonne série Curb your enthusiasm. La série comporte 9 saisons, 180 épisodes, et fut diffusée sur NBC jusqu’à son terme en 1998. NBC aurait proposé 110 million d’euros à Jerry Seinfeld (soit 5 million par épisode - un record !) pour le tournage d’une dixième saison, mais ce dernier refusa. La série fut malheureusement très mal distribuée en France en étant diffusée sur des chaînes à moindre visibilité : Canal+ et Canal Jimmy. De plus, elle fut programmée en VF. Si la VF est un sacrilège pour n’importe quel produit télévisuel non francophone, elle devient ici une vraie torture. Cette dernière détruit toute la beauté du show qui repose majoritairement, au-delà du comique de situation, sur un comique de langage, où chaque intonation, chaque détail de ponctuation, chaque choix de mots dans la phrase est une merveille d'ingéniosité et d'humour. Des expressions cultes comme "soup nazi", "master of my domain", "bubble boy", ou autres "can't stand ya!" sont intraduisibles correctement dans le contexte de la loufoquerie démente de chaque épisode.    

Si ce n’est pas un critère de qualité à mes yeux (mais ça l’est pour certains), on peut noter que Seinfeld est LA série comique qui a fait évolué la sitcom vers sa forme actuelle. Son créateur et acteur principal, Jerry Seinfeld, la présente comme « the first TV show about nothing ». Une exploration de la vie quotidienne et de ses aléas qui sera très vivement reprise par Friends & Co. C’est donc à tous les fans de Friends, HIMYM, TBBT, et j’en passe, que je m’adresse ici. Si vous avez adoré ces séries-là, alors prenez le temps de découvrir leur ancêtre. A l’instar de Friends & Co, dans des épisodes de 20 minutes, Seinfeld met en scène un groupe d’ami New Yorkais dans la banalité de leur « daily life ». On peut cependant ajouter que le groupe d’amis est ici composé de personnages médiocres. Des individus bourrés de défauts, tour à tour avares, égocentriques, mesquins, cyniques, sans empathie et de mauvaise foi.

Parlons d’ailleurs un peu des personnages. Les personnages principaux sont au nombre de 4. Tout d’abord, on a Jerry Seinfeld qui joue le rôle d’un « stand-up comedian » névrosé, maniaque et immature. Un grand enfant qui trouve toujours une raison absurde de rompre avec ses nombreuses conquêtes. Il est également important, même nécessaire, de préciser qu’il est juif (on s’en serait douté) car ce dernier ne manquera pas de plaisanter sur sa propre religion. Il est accompagné partout où il va par son ami d’enfance, George Costanza. Egalement juif, ce dernier est petit, robuste, chauve, névrosé, complexé, paranoïaque, égoïste, radin, menteur, poule mouillée, toujours en train de protester et remettant tout en cause. George est probablement le personnage le plus amoral de la série. Ces deux acolytes sont assistés dans leurs aventures par Elaine Benes, joué par la très attirante Julia Louis-Dreyfus. Un personnage initialement pas prévu dans le scénario mais rajouté à la demande de NBC pour attirer une audience plus féminine. Cette dernière est intelligente, féministe, mais aussi très égocentrique, autoritaire et superficielle. Elle est souvent la victime du destin. Enfin, last but not least, pour compléter ce quatuor de génie, on a le magnifique Kramer. Il est le voisin fou et pique-assiette de Jerry. Ses marques de fabrique sont sa garde-robe dépassée, ses cheveux en l'air, son opportunisme, son absence de gêne, son entrée-glissade explosive, sa collection de chutes et son penchant pour les réactions absurdes. Michael Richards a reçu trois Emmy Awards pour ce rôle. Dit comme ça, les personnages pourraient paraître antipathiques et inintéressants. Mais pas du tout, ils sont paradoxalement très attachants. Pourquoi ? D'abord grâce à l'extraordinaire performance des acteurs, qui vivent leur personnage à tel point qu'on leur imagine difficilement une autre personnalité dans la vraie vie. Ensuite par la qualité de l'écriture, qui est en elle-même assez particulière.

Oubliez les gags lourdingues et les morales à 2 balles en fin d'épisode, Seinfeld est une comédie cynique et très contemporaine, malgré ses 20 ans d'âge. Elle commence tous ces épisodes par un stand-up de Jerry qui s’amuse à décortiquer les absurdités de la vie quotidienne avec sa désormais célèbre accroche « Did you notice… ». Notons un fait particulier et parfaitement délectable de la série. A un moment dans la série, Jerry (le personnage) se voit proposer par NBC de créer une sitcom intitulée "Jerry", basée sur sa vie quotidienne. A la recherche d'idées pour le pilote avec son ami George, celui-ci à l'idée de faire un "show about nothing". Cette expérience ce clôturera par un échec cuisant. On assiste donc à une mise en abyme tout à fait extraordinaire. L'autodérision est d’ailleurs omniprésente dans la série.

Partant de faits de la vie quotidienne qui pourraient arriver à tout le monde, la série les prend pour en extirper le côté absurde, observer et analyser les codes de société. En y ajoutant des personnages reflétant la part plus "sombre" de nous-mêmes, la série prend un malin plaisir à mettre en scène ce qu'on n'oserait jamais faire habituellement. C'est aussi dans les interactions entre personnages que la série se démarque des autres. Jouant avec les codes de la sitcom sous l'apparence de les respecter à la lettre, on peut remarquer que les scènes de romance guimauves sont quasiment inexistantes dans la série, et les rares moments pseudo-romantiques sont immédiatement tués dans l'œuf. Même pour l'amitié la série est d'un incroyable cynisme. Elaine avoue par exemple dans un épisode clairement ne pas aimer George, et les relations semblent basées uniquement sur ce que chacun pourrait obtenir de l'autre.

Pour résumer, on peut dire que Seinfeld était une sitcom au-dessus du lot et dont la qualité d'écriture reste à ce jour inégalée dans le registre de la comédie. Je ne peux que vous conseiller de la regarder. Ne vous arrêtez pas sur les décors et les habits old school des années 90, passez les deux premières saisons courtes et parfois poussives (la série cherchent encore son style) et ensuite vous allez vous noyer dans un océan de bonheur télévisuel. 

5/5


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